Ronsard Super Star !

Team BKBK

By Team BKBK

July 15, 2020 • 8:30 AM

Ronsard Super Star !

Cela fait 137 ans que l’Eglise Catholique est en République Démocratique du Congo, un peu moins pour le Protestants et les Musulmans. Les Eglises de Réveil et les Evangéliques sont plus récentes. Le peuple congolais est connu pour son attachement à la religion.

La plupart d’entre nous avons été élevés dans le catholicisme intégral. A un moment donné, me disait mon papa, quand tu n’as pas de réponse à une préoccupation qui te taraude la conscience, mets toi à genoux, prends ton chapelet et tourne ton regard vers Sion. Mwalimu Jean Kikaya Karubi pouvait réciter les versets bibliques par cœur. «Nitayainua macho yangu nitazame milimaMsaada wangu utatoka wapi ? Msaada wangu utatoka kwa BWANA, aliyezifanya mbingu na dunia. ( Je lève mes yeux vers les montagnes. D’où me viendra le secours ? Le secours me vient de l’Eternel qui a fait le ciel et la terre) ». Psaume 121 :1-2

L’affaire Ronsard Malonda domine l’actualité avec en toile de fond, le contrôle de la Commission Electorale Nationale Indépendante. De la politique pure, domaine réservé à César (Mathieu 22 :21). La vérité est que cette affaire a pour source, l’Eglise congolaise, toutes tendances confondues. Mais la seule à l’avoir suscitée est l’Eglise Catholique Romaine, celle là même qui a formaté la spiritualité de la plupart des chrétiens congolais.

L’histoire de l’Etat Indépendant du Congo (EIC) est aussi celle de l’évangélisation. Catholique profond, le roi Léopold II avait tout naturellement favorisé l’entrée, dans sa propriété congolaise, des missionnaires catholiques pour convaincre la population « indigène » de la portée civilisatrice de l’évangélisation. 

L’entrée des premiers missionnaires au Congo se situe vers 1883, soit deux ans avant la Conférence Internationale de Berlin sur l’Afrique en février 1885. 

On n’a pas à en douter : L’Eglise Catholique est pour beaucoup dans les œuvres sociales en matière d’éducation (écoles) et de santé (hôpitaux). Le doute n’est pas permis non plus : de tout temps, l’excellence dans la formation à tous les niveaux de l’Enseignement (maternel, primaire, secondaire et universitaire) porte sa signature. 

Par voie de conséquence, c’est la culture judéo-chrétienne d’obédience catholique qui régule la vie du peuple congolais qui, à 80 % – à en croire les affirmations de la Cenco – est chrétien catholique et protestant. Les médias situent la représentativité catholique dans la population à plus de 60 %.

La logique, à partir de cet instant, voudrait que le Congolais, du sommet à la base, s’applique les principes chrétiens traduits dans les 10 Commandements : ne pas voler, ne pas tuer, ne pas commettre d’adultère, ne pas se livrer au faux témoignage, ne convoiter ni la maison, ni l’épouse du prochain, encore moins son serviteur, son bœuf, bref ce qui appartient à son prochain. 

D’ailleurs, Matthieu 5, outre les Béatitudes et le crédo (sel, lumière, lampe…), aligne des instructions : pas de loi du talion, amour du prochain, prière pour le persécuteur, bénédictions contre malédictions… 

Mais, surtout, il y a la VERITE.

RONSARD MALONDA, UN CAS D’ECOLE

Or, l’affaire Ronsard Malonda révèle une vérité qui affecte la dignité, l’honneur de l’Eglise Catholique Romaine, une vérité qui embarrasse la communauté chrétienne sans exception. 

Avec toute la capacité qu’elle a depuis des décennies de retourner l’opinion congolaise en sa faveur même quand elle a ouvertement tort, la CENCO peut s’estimer heureuse aujourd’hui de bénéficier du soutien d’une frange importante des acteurs politiques et des activistes de la société civile. Des marches ici, des déclarations là-bas s’enchaînent et, au final, un laïc catholique, Ronsard Malonda, dont tout le parcours scolaire et professionnel a le sceau du catholicisme pur, est en train d’être tué (au figuré évidemment) par son Église,  son PASTEUR !

Son crime ? A ceux qui ont la mémoire courte, l’occasion est indiquée de rappeler que Ronsard Malonda avait fait la sale besogne pour défendre devant la Cour Constitutionnelle les résultats électoraux provisoires publiés par la CENI. Il avait affronté la dizaine d’avocats Lamuka qui contestaient la victoire de Félix Tshisekedi acquise à la Présidentielle du 30 décembre 2018. Pendant ce temps, j’accompagnais Leonard She Okitundu à Addis Abeba où nous avions subi les assauts du monde entier au travers des structures de l’Union Africaine qui avait un autre agenda, suggérant même des instructions à la Cour Constitutionnelle de notre pays, une ingérence inacceptable dans nos affaires.

En séjour aux Etats-Unis en 2019, le cardinal Frédéric Ambongo avait déclaré avoir convaincu l’Administration Trump de la tricherie ayant permis à Fatshi d’accéder à la magistrature. Ce serait un miracle qu’il n’ait pas cité Ronsard Malonda parmi les organisateurs de la « fraude ». La hargne du prélat à l’égard de son ouaille peut y trouver un début d’explication.

Mais, ce qui est grave, c’est la facilité avec laquelle une bonne tranche de la classe dirigeante, congolaise formée chez les Catholiques, est versée dans les antivaleurs que la hiérarchie dénonce, mais cela se répète depuis l’accession du pays à l’indépendance le 30 juin 1960. 

Ceux qui ont accédé à la vidéo dans laquelle Patrice-Emery Lumumba dénonce la tentative de corruption dont ses proches et lui-même avaient été l’objet de la part des autorités belges avec l’équivalent en francs belges de 7 millions d’euros ont appris l’implication des évêques dans cette magouille. 

Dès lors que cela est la VÉRITE, comment et pourquoi l’Eglise ne voit que la paille logée dans les acteurs politiques – surtout ceux qu’elle déteste – pendant qu’elle laisse dans son œil la grosse poutre jusqu’à s’aveugler ? 

Est-il normal que l’enseignant ne s’enseigne pas ? Est-il normal que celui qui professe l’Amour pour les uns développe la haine contre les autres ? Que celui qui condamne la corruption vive lui-même de la corruption ? Que celui qui dénonce les détournements des deniers publics accepte les dîmes, offrandes et autres libéralités provenant des mêmes détournements ? Que celui qui prône la justice qui libère une Nation pratique l’injustice qui condamne la Nation ? 

La désormais affaire Ronsard Malonda est un cas d’école. On voit l’Eglise catholique s’excuser de ce qu’elle reconnaît comme erreur de stratégie (désignation des membres de la Céni avant la restructuration envisagée) mais continuer de vouer aux gémonies l’intéressé. 

La question, à ce moment, est de savoir combien de fois s’est-elle trompée de 1960 à ce jour sous les régimes Kasa-Vubu/Lumumba, Mobutu, L-D. Kabila, J. Kabila et maintenant F. Tshisekedi, et combien de fois s’est-elle entêtée, quitte à la Nation d’en faire les frais.

A un moment donné, quand on n’a pas de réponse à une préoccupation, on interroge des oracles. Les Chrétiens, eux, tournent le regard vers Sion.

Et ce Sion, c’est l’Eglise qui « tue » ses enfants depuis 137 ans.  

Prof Barnabé Kikaya Bin Karubi | Twitter : @kikayabinkarubi | Facebook : kikayabinkarubi

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