Month: January 2026

  • RDC : Davos WEF : le grand voyage inutile d’un pouvoir en quête d’illusion.

    RDC : Davos WEF : le grand voyage inutile d’un pouvoir en quête d’illusion.

    Annoncé avec emphase par ses services comme l’un des invités spéciaux du Forum économique mondial de Davos, Félix Tshisekedi s’y est pourtant illustré par une absence aussi remarquée que révélatrice. Arrivé le week-end dernier à la tête d’une délégation pléthorique, composée de collaborateurs de tous ordres, le locataire du palais de la nation n’a ni pris la parole à la tribune officielle ni rencontré un dirigeant international de premier plan.

    Marchand d’un prétendu « pays solution », il espérait aliéner à vil prix, une fois de plus, les ressources stratégiques de la RDC. Après avoir déjà bradé les minerais congolais au profit d’intérêts étrangers – notamment américains – en échange d’un hypothétique soutien politique, il semblait cette fois déterminé à livrer les ressources forestières congolaises, dans une logique de survie personnelle plutôt que de souveraineté nationale.

    Son déplacement dans les montagnes suisses, en plein hiver, s’est ainsi apparenté à une énième escapade sans contenu ni résultats, financée par un Trésor public exsangue, qui continue d’être dépouillé au profit d’un cercle restreint gravitant autour du pouvoir. Pendant que les caisses de l’État saignent, un homme et sa famille prospèrent, à l’abri de toute reddition de comptes.

    Sous les projecteurs de Davos comme ailleurs, le régime se contente d’effets d’annonce, de mises en scène diplomatiques et de voyages inutiles, tandis que le Congo se vide méthodiquement de ses richesses et que le peuple, lui, continue de payer la facture, au prix fort.

    Derrière les discours creux et des narratifs creusés pour la consommation extérieure, sans ancrage dans la vie de la nation, la réalité demeure inchangée : le Congo RD un État continuellement ruiné par le « patriote pilleur », un peuple appauvri, et un destin national sacrifié sur l’autel d’intérêts personnels.

    L’histoire, elle, n’oubliera pas. Et le moment venu, elle demandera des comptes. Son jugement sera implacable.

    Par André Claudel LUBAYA | @LubayaClaudel

  • Mouvement Sauvons la RDC – Communiqué du 19 janvier 2026

    Mouvement Sauvons la RDC – Communiqué du 19 janvier 2026

    Dans un contexte marqué par une dérive autoritaire de plus en plus assumée, le Mouvement Sauvons la RDC alerte l’opinion nationale et internationale sur un nouvel acte grave de répression politique perpétré par le régime en place à Kinshasa. L’enlèvement d’un haut responsable de l’Opposition congolaise, en violation flagrante des libertés fondamentales et des principes de l’État de droit, illustre une fois de plus la volonté du pouvoir de faire taire toute voix dissidente. Le présent communiqué vise à dénoncer avec fermeté ces pratiques liberticides, à exiger justice et à rappeler que la lutte pour la démocratie et la dignité du peuple congolais ne saurait être étouffée par la peur.

    Link to the document : https://sauvonslardc.org/wp-content/uploads/2026/01/Communique-SauvonsLaRdc-19Janvier-2026.pdf

  • Aubin Minaku, le énième sur une longue liste

    Aubin Minaku, le énième sur une longue liste

    Alors qu’il ne constituait aucune menace pour l’ordre public et qu’il était aisément localisable à son domicile légalement connu, l’honorable Aubin Minaku a fait l’objet d’un enlèvement opéré manu militari, de nuit, par un déploiement manifestement excessif de forces armées, en violation des principes de nécessité, de proportionnalité et des garanties constitutionnelles contre les arrestations arbitraires.

    Sous le règne d’Hassan II, le Maroc s’était tristement illustré par un record sinistre : celui du plus grand nombre de détenus politiques internés au bagne de Tazmamart. L’histoire retiendra qu’à son tour, le régime Tshisekedi est en train de se constituer son propre palmarès, en multipliant les détenus d’opinion, les prisonniers et exilés politiques.

    Sa dérive autoritaire ne faiblit pas. Elle se confirme et s’aggrave. Elle se traduit par une succession d’actes de répression visant à installer la peur et la terreur comme modes de gouvernement, et à bâillonner l’opposition politique, désormais criminalisée, stigmatisée et traitée comme une menace plutôt que comme un acteur légitime de la vie démocratique.

    Ces pratiques violent la Constitution de la RDC qui garantit pourtant la liberté d’opinion et d’expression (article 23), la liberté de pensée, de conscience et d’opinion (article 22) et la liberté d’association et d’activité politique (article 37).

    Elles violent également les engagements internationaux de la RDC, notamment le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (articles 9, 14, 19 et 25) et la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples (articles 6, 7, 9, 10 et 13), qui proscrivent les détentions arbitraires, garantissent les libertés politiques et imposent le respect du pluralisme.

    Je condamne avec la plus grande fermeté l’arbitraire désormais érigé en mode de gouvernance par le président Tshisekedi et appelle à la libération immédiate de Aubin Minaku et de toutes les personnes injustement privées de liberté pour leurs opinions, leurs engagements politiques ou l’exercice légitime de leur esprit critique.

    La démocratie ne saurait s’exercer sous la contrainte ou la peur. Un État qui emprisonne ses opposants pour leurs idées ne protège pas l’ordre public : il le renie.

    Par André Claudel LUBAYA | @LubayaClaudel

  • RDC: Qui instrumentalise la milice Mobondo ?

    RDC: Qui instrumentalise la milice Mobondo ?

    Les violences intercommunautaires entre Teke et Yaka à l’Ouest du pays ont fait plus de 5.000 morts en 3 ans. L’impuissance des autorités congolaises à juguler la crise s’explique notamment par une manipulation du conflit par les élites politiques.

    Alors que tous les regards sont portés sur la crise à l’Est de la République démocratique du Congo (RDC), un autre conflit, aux portes de Kinshasa, semble s’installer. Depuis 2022, l’Ouest du pays est secoué par des affrontements et des violences entre les communautés téké et yaka. À l’origine du conflit, d’abord circonscrit à la province du Maï-Ndombe, des différents fonciers entre les deux communautés. Les Yaka dénonçant la hausse des taxes foncières réclamées par les Téké, qui se considèrent comme originaires et propriétaires des villages situés au bord du fleuve Congo. Pendant tout l’été 2022, Téké et Yaka se sont affrontés à l’arme blanche, notamment dans la cité de Kwamouth. Plusieurs raids téké ont également été menés contre des villages yaka, incendiant des centaines de maisons, d’écoles et de centres de santé. Les Yaka se sont organisés en milice, les « Mobondo », un nom qui fait référence aux amulettes censées les protéger en les rendant invulnérables aux balles. Le conflit s’est rapidement répandu aux provinces voisines, Kwilu, Kango, jusqu’aux abords de la capitale Kinshasa. Depuis 3 ans, ces affrontements ont fait plus de 5.000 morts et 300.00 déplacés dans l’indifférence générale, les autorités congolaises n’ayant jamais réussi à juguler la crise.

    « Lanuit,ce sont eux qui commandent les Mobondo »

    Le 28 décembre 2025, la conférence de presse du capitaine Anthony Mwalushay, porte-parole de l’opération « Ngemba » au sein de l’armée, fait l’effet d’une bombe. Le militaire accuse, ni plus ni moins, des proches pouvoir d’être liés à la milice. « Avec ces mouvements Mobondo, le danger est que la majorité de gens qui sont derrière Mobondo sont souvent derrière le président de la République. La journée, ils sont comme des agneaux et la nuit, ce sont eux qui commandent les Mobondo. Parce que les capturés que nous avons interrogé ont cité certains noms ». Et de prévenir, « Si Kinshasa donne raison à ces bons parleurs qui sont derrière le mouvement Mobondo pour des intérêts politiques, nous, les militaires, nous allons faire notre travail ». La menace est donc à peine voilée. Mais patatra, le 6 janvier 2026, le porte-parole de la 11e région militaire est rappelé à Kinshasa, sans explication particulière, provoquant l’incompréhension des populations locales.

    « La main noire de Joseph Kabila »

    Au coeur de cette crise sécuritaire, qui allie conflits fonciers, incurie de l’Etat, marginalisation de certaines communautés, on retrouve aussi l’instrumentalisation politique. Le 26 février 2025, dans la ville de Bandundu, chef-lieu de la province du Kwilu, Jean-Pierre Bemba, ministre des Transports et poids lourd de la majorité présidentielle, avait dénoncé la « main noire » de Joseph Kabila derrière les violences communautaires. « Du temps de Zaïre jusqu’à maintenant, je n’ai jamais entendu des tribus s’entre-tuer. Connaissez-vous la personne derrière cette réalité ? C’est Kabila. Nous avons arrêté ces gens, qui nous ont révélé la personne qui finance l’insécurité, qui corrompt et qui tue vos chefs. Tout ceci, c’est Kabila», avait déclaré Jean-Pierre Bemba. Un temps, l’idée avait circulé que les milices Mobondo pouvaient être en mission commandée pour déstabiliser Kinshasa, en lien avec l’ancien président Joseph Kabila et les rebelles de l’AFC/M23 qui sévissent à l’Est du pays. Les récentes arrestations de proches de Joseph Kabila, n’ont, pour l’instant, jamais pu prouver un quelconque lien avec les milices Mobondo. Entre-temps, les violences se sont rapprochées de Kinshasa, notamment dans la commune de Maluku.

    Fabrice Zombi lego-between entre les Mobondo et la présidence

    Les autorités congolaises ont toutefois cherché à trouver une sortie de crise. Une commission de pacification a été mise en place. Mais comme le souligne un rapport très documenté sur les Mobondos*, un médiateur, Fabrice Zombi dit « Mini Kongo » a été désigné « en raison de son appartenance à l’ethnie Suku, étroitement liée aux Yaka ». Une initiative très controversée. De nombreuses personnes interrogées par les auteurs du rapport accusent notamment « Mini Kongo » d’être « un des instigateurs du phénomène des Mobondo et, plus grave encore, de les armer. Sa nomination a donc immédiatement sapé la crédibilité de la commission aux yeux des Téké ». Fabrice Zombi a d’ailleurs été arrêté en juillet 2025, justement « pour avoir tenté de fournir des armes aux Mobondo ». Selon nos informations, Fabrice Zombi a été en contact avec la présidence congolaise via le conseiller spécial en matière de sécurité, Désiré-Cashmir Eberande Kolongele et son directeur de cabinet de l’époque, Espoir Masamanki Iziri, devenu vice-gouverneur du Kwilu, une province au coeur du conflit Mobondo.

    Fabrice Zombi, dit « Mini Kongo » avec Félix Tshisekedi © Présidence RDC

    Politisation du conflit

    L’instrumentalisation de groupes armés par le politique n’est pas un phénomène nouveau au Congo. Députés, ministres, conseillers… ont tous intérêts à recruter leur propre milice, plus ou moins bien structurée. D’abord pour des questions de sécurité et palier à l’absence de l’Etat, mais surtout pour se rendre incontournable dans leur région, obtenir des nominations et de l’argent, avec la promesse d’être en mesure de « contrôler » leur troupe et protéger le pouvoir en place. Un temps accusés d’être instrumentalisés par Joseph Kabila, les Mobondo ont attaqué la zone de Kingakati, où, ironie du sort, l’ancien président possède de nombreuses terres. Le Pôle Institute a également documenté le phénomène Mobondo dans une étude, et remarque que « les acquisitions foncières faites par le président Joseph Kabila ont des germes de contestation qui peuvent avoir des connexions avec le conflit actuel entre Teke et Yaka à Maluku ». D’autant que Félix Tshisekedi « est engagé dans un processus visant à démanteler les réseaux politico-économiques que l’ancien président ». Chacun tente donc de tirer partie de ces groupes armés malléables à souhait. La politisation du conflit semble être un élément-clé qui contribue à la persistance et à l’intensification du conflit à l’Ouest de la RDC. L’armée congolaise semble disposer d’éléments prouvant l’interconnexion entre Mobondo et élite politique de Kinshasa. Mais l’annonce de la divulgation de ces preuves par l’armée ne semble plus à l’ordre du jour.

    Par Christoph Rigaud – Afrikarabia

     

  • Communiqué du Mouvement Sauvons la RDC au sujet du Dialogue

    Communiqué du Mouvement Sauvons la RDC au sujet du Dialogue

    Ayant été consulté à deux reprises, par les hautes autorités de la République d’Angola, à leur initiative, au sujet d’un éventuel dialogue entre congolais, le Mouvement Sauvons la RDC, salue l’implication personnelle de Son Excellence João Manuel Gonçalves Lourenço, Président de la République d’Angola, dans la recherche de la paix en République Démocratique du Congo et réaffirme, pour sa part, son attachement et son engagement au dialogue comme meilleur moyen de règlement des conflits.

    Il tient néanmoins à exprimer, ci-après, ses préoccupations et observations en rapport avec cette nouvelle initiative.

    1. Le succès de tout dialogue repose d’abord et avant tout sur la sincérité, la bonne foi des parties, ainsi que sur leur constance dans le respect des engagements. Pas sur le nombre de voyages effectués, de capitales visitées ou de médiateurs de haut rang invités à s’impliquer. Le changement sans arrêt de lieux et de médiateurs auquel nous assistons – de Nairobi à Luanda, de Luanda à Doha, de Doha à Luanda, en passant brièvement par Bujumbura, Kampala, Lomé et tant d’autres capitales, consacre l’instabilité de la vision, laisse un goût d’inachevé et semble voulu, beaucoup plus, pour donner le tournis que l’assurance attendue du pouvoir qu’il aurait finalement compris – mieux vaut tard que jamais, le bien-fondé d’une solution politique à la crise. Bien plus, l’instabilité de la parole d’Etat, les ambiguités stratégiques, les contradictions quant au choix des options pour la résolution de la crise, l’instrumentalisation des processus politiques, et la manipulation de ceux-ci afin de faire triompher sa cause et non celle du pays, ont fini par enlever toute fiabilité aux discours tenus et engagements pris par le PrésidentTshisekedi et son régime, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays.
    2. La volonté politique se prouve par le respect des engagements pris et des accords déjà signés. En l’espèce, il s’agit notamment et principalement de ceux portant sur la libération des prisonniers, la décrispation du climat politique et l’observance du cessez-le-feu souscrits par le Gouvernement. Contrairement à ces accords et engagements, le Gouvernement du Président Tshisekedi continue à arrêter et/ou enlever, contraindre à l’exil des opposants politiques, des généraux et autres officiers, des journalistes, des activistes des droits de l’homme ainsi que tous ceux qui, au nom de la liberté d’opinion qui est constitutionnellement reconnue à tous les citoyens congolais, se permettent d’émettre un son discordant par rapport à celui du pouvoir. De la même manière, toutes les fois que le Président Tshisekedi prend son avion pour, soi-disant, aller à la recherche de la paix, il laisse derrière lui des instructions pour de grands mouvements des troupes, des attaques massives sur des localités densément peuplées, ainsi que des bombardements des civils par des drones et des avions de combat.

    C’est dans ce contexte que s’inscrit, sans nul doute, un nouveau massacre, accompagné d’actes de torture et d’autres traitements inhumains, survenu le 11 janvier 2026 à Bukama, à l’encontre de populations civiles sans défense, perpétré par des éléments des FARDC déployés sur ordre de Kinshasa dans cette partie de la province du Haut-Lomami.

    Au regard de ce triste record, il doit être plus que jamais entendu que les mesures de décrispation politique et d’expression de la volonté politique de dialoguer, sont des préalables à tout engagement de notre part dans un quelconque dialogue et ne sont pas marchandables. Et ce sont des décisions les rendant effectives qui sont attendues, et non des promesses qui, d’expérience, n’ont aucune chance d’être tenues.

    1. Si réellement, l’objectif est le rétablissement de la paix, il est plus indiqué de vider le processus de Doha qui engage le gouvernement et l’opposition armée, avant de passer au dialogue, afin que tous les aspects militaires de la crise ayant été pris en charge et que toutes les modalités idoines pour faire taire les armes, y compris le cessez-le- feu, convenus par les parties en cause ayant été mises en œuvre, le dialogue puisse se dérouler plus sereinement et avoir plus de chance d’être ce qu’il est censé être, à savoir: un forum et le lieu par excellence de la consécration de la réconciliation, de la paix retrouvée, de l’unité de la nation restaurée et d’un consensus sur les conditions du mieux vivre ensemble.
    2. Pour aboutir à un résultat satisfaisant, le dialogue doit être inclusif et sans tabou. En effet, il n’y a pas de vrai dialogue lorsque la rencontre, comme plusieurs signaux l’indiquent, est dictée par les caprices d’une des parties qui, de surcroît, est, du fait de ses décisions et de ses politiques, le géniteur et l’amplificateur de la plupart des problèmes à résoudre.
    3. Les Evêques des Eglises catholique et protestante du Congo, qui ont abattu un travail préparatoire remarquable, ayant pris soin de rencontrer et d’écouter, sans à priori, toutes les principales forces politiques et sociales parties prenantes à un éventuel dialogue, ainsi que des Chefs d’Etat et de Gouvernement de la région et au-delà, et qui donc connaissent aussi bien les acteurs que les causes de la crise, sont les mieux indiqués pour assurer la médiation pendant tout éventuel dialogue. Autant nous sommes convaincus qu’aux problèmes africains, il faut des solutions africaines, autant nous affirmons que les problèmes des Congolais ne peuvent être réglés sans l’implication active des Congolais eux-mêmes. Imposer un véto à l’implication de nos Evêques comme médiateurs, comme le fait le pouvoir en place, porte à croire que, beaucoup moins qu’un véritable dialogue, ce qui est projeté est une tentative de réédition, abusant au passage de la bonne foi et de l’aura d’un illustre fils du continent, en la personne du Président de la République d’Angola, d’une manœuvre tentée sans succès en son temps par le Président Tshisekedi et son Conseiller Spécial en matière de Sécurité. Donc, en somme, une réunion de plus pour gagner du temps pour les uns et en perdre pour les autres, en sacrifiant les intérêts du pays.

    Link to document: https://sauvonslardc.org/wp-content/uploads/2026/01/Communique-SauvonsLaRdc-14Janvier-2026.pdf

  • Sorties médiatiques incontrôlées des ministres : symptôme du vide de l’autorité exécutive

    Sorties médiatiques incontrôlées des ministres : symptôme du vide de l’autorité exécutive

    Les prises de parole publiques non coordonnées de plusieurs membres du Gouvernement sur des questions touchant à la défense nationale, à la sécurité, à la cohésion sociale et aux relations extérieures traduisent une désorganisation profonde au sommet de l’État.

    Le fait que Félix Tshisekedi procède de manière récurrente à des rappels à l’ordre publics à l’endroit des membres du Gouvernement pour non-exécution de ses instructions révèle une défaillance structurelle de l’autorité exécutive. Dans un système constitutionnel normal, l’autorité hiérarchique s’exerce par des actes administratifs contraignants (action disciplinaire, instructions écrites, mises en demeure, sanctions disciplinaires, révocations), et non par des admonestations verbales répétées. Pour l’opinion publique, c’est ennuyant. Pour le pays, c’est honteux.

    Transformer le Conseil des ministres en une instance de réitération des insatisfactions présidentielles, sans retombées juridiques ni administratives, témoigne d’une réelle crise de leadership et d’un vide du pouvoir de direction et de contrôle du PR sur l’action gouvernementale. Cette pratique substitue l’incantation politique à la décision administrative, et l’expression de la déception à l’exercice effectif de l’autorité. Elle révèle également une désorganisation profonde de la chaîne de commandement gouvernementale. Le Gouvernement apparaît ainsi dépourvu de cap opérationnel, d’objectifs hiérarchisés et de mécanismes d’évaluation et de sanction, ce qui est contraire aux exigences de bonne gouvernance et de responsabilité administrative.

    Dans ce contexte, la Première ministre se trouve réduite à un rôle formel et décoratif, telle un tableau de la Joconde, sans maîtrise réelle de l’appareil gouvernemental. Or, le chef du Gouvernement est le détenteur du pouvoir de coordination, de direction et de discipline à l’égard des ministres. Son incapacité chronique à engager la responsabilité disciplinaire d’un membre du Gouvernement, à lui adresser une mise en demeure formelle ou à proposer sa suspension à défaut révocation, révèle une vacance fonctionnelle de l’autorité gouvernementale caractérisée par : l’inexécution des politiques publiques ; l’indiscipline ministérielle et l’irresponsabilité administrative.

    Il en résulte un exécutif fragmenté, non gouverné et non gouvernant, où les ministres n’obéissent ni à une ligne politique claire ni à une autorité hiérarchique effective. Cette situation constitue une violation de l’esprit du principe de responsabilité gouvernementale, pilier de tout État de droit, et explique en grande partie l’inefficacité, l’indiscipline et l’anarchie administrative qui caractérisent actuellement l’action publique.

    En tout état de cause, l’absence de cap stratégique, de discipline administrative et de cohérence fonctionnelle au sein de l’Exécutif est à l’image de Tshisekedi lui-même, devenu maître en vide de leadership, y compris sur la cinquantaine de ses ministres. C’est avec ces méthodes et cette équipe indisciplinée qu’il précipite le naufrage de son pouvoir et entraîne le pays dans le chaos.

    Par André Claudel LUBAYA | @LubayaClaudel