PETITION CONTRE LA TOUTE NOUVELLE PRESIDENTE DE LA CHAMBRE JEANINE MABUNDA : ÇA SENT UN COUP FOURRÉ !

L’initiative serait d’un député FCC qui aurait casqué pour réclamer la déchéance de ce symbole de l’alternance pacifique de pouvoir.

Ca sent très mauvais dans les couloirs de l’Assemblée nationale où circule, depuis une dizaine de jours, une pétition contre Jeannine Mabunda, présidente de cette chambre du Parlement congolais. Dans les travées de l’Hémicycle, celles de langues qui se délient laissent entendre que la pétition serait l’initiative des hiérarques inconditionnels aussi bien du Front commun pour le Congo (FCC) que du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD), famille politique à laquelle appartient le speaker de la Chambre des représentants. Etonnant !

Les initiateurs de la pétition reprocheraient à Jeanine Mabunda la “mauvaise” gestion de l’Assemblée nationale.

Rien de nouveau sous le soleil. Ici comme ailleurs, les parlementaires ont le droit d’exprimer leurs opinions, sur un membre ou sur l’ensemble du bureau de leur institution, par voie de pétition ou de motion de défiance. Rien à avoir ni avec l’interpellation ni avec la question orale ou écrite avec ou sans débat qui sont des mécanismes traditionnels du contrôle parlementaire. 

UNE PETITION QUI SENT L’ACHAT DES CONSCIENCES

Partant, la pétition contre Jeanine Mabunda procèderait du classique de l’exercice du jeu démocratique au sein de l’hémicycle. Cependant, la question qui se pose est celle de savoir si au stade actuel de la vie des institutions du pays, l’initiative pour le départ de Jeanine Mabunda peut paraitre opportune. En tout cas, nombre d’observateurs jugent cette démarche contreproductive. ” Ça tombe très mal à propos. Ce n’est pas propice “, déclare à Forum des As, un député national FCC ayant requis l’anonymat.

Jeanine Mabunda ne s’est pas présentée comme candidate au perchoir de l’Assemblée nationale de son propre gré. Bien au contraire. Elle a été le choix de l’Autorité morale du FCC, Joseph Kabila à qui tous les membres de la plateforme avaient réitéré leur loyauté. Dès lors qu’un groupe de ces mêmes députés qui avaient assuré leur fidélité à l’homme de Kingakati, se soit engagé dans une démarche qui vise la tête de l’élue de Bumba, cela ne peut donc être compris autrement. D’aucuns estiment que la leçon à retenir ou à tirer – c’est selon – de cette initiative, est que ses auteurs entrent en rébellion contre Joseph Kabila, via une pétition contre Jeanine Mabunda.

Qui pis est, ladite pétition porterait des germes de corruption. D’ores et déjà, dans les travées de l’hémicycle, ça se chuchote. Le vieil homme n’est pas encore mort. La rupture d’avec les vielles pratiques tant décriées dans la gestion de l’Assemblée nationale est encore bien loin d’être avalisée par certains acteurs politiques tireurs des ficelles. Toute motivation pécuniaire contre signature d’une pétition, fût-elle de destitution du Bureau Mabunda, est une antivaleur à bannir au sein de la chambre basse du Parlement. Aussi, les auteurs de cette pétition devraient s’assumer publiquement, dans le respect de la procédure parlementaire en la matière, afin d’obtenir ou non, l’adhésion de leurs collègues qui auraient eu des reproches quant à la gestion de cette institution “, ponctue un cadre de l’administration publique de l’Assemblée nationale.

SYMBOLE DE L’ALTERNANCE PACIFIQUE

Au-delà des postures qui à mille lieues, voilent la quête de repositionnement politique, Jeanine Mabunda, qu’on l’aime ou qu’on ne l’aime pas, symbolise l’alternance pacifique en RDC. Sa déchéance entrainerait celle de l’ensemble du Bureau de l’Assemblée nationale. Dès lors, des analystes désengagés estiment que le fait de se livrer à une sorte de bataille pour faire partir l’actuel bureau de la chambre basse du parlement, passerait pour ennemi de l’alternance soutenue par le peuple congolais. ” Tant que ce Bureau incarne le nouveau leadership à l’écoute et au service du peuple, il est difficile de dénouer ce qu’il a lié au travers la majorité parlementaire FCC – CACH. Donc, il y a lieu de dénoncer l’inopportunité de cette action”, affirme avec les dents serrées, un autre député national de la coalition au pouvoir.

Le week-end dernier dans le hall du Palais du peuple, on a entendu un groupe de députés nationaux reconnaitre à la présidente de leur chambre, la gestion technique de leur institution. Une orthodoxie qui se traduit, entre autre autres, par le refus de débloquer d’importants moyens financiers au profit des faux-malades. Car, il y aurait des députés qui feindraient d’être malades et exigeraient que la questure de l’Assemblée nationale débloque de l’argent pour leurs prises en charge médiale à l’étranger. Si c’est vraiment cette rigueur empreinte de moralité dans la gestion de l’appareil d’Etat, que les auteurs de la pétition reprochent à Jeanine Mabunda, alors l’actuel Président de la République qui fait de la lutte contre les “antivaleurs” son cheval de bataille, aura prêché dans le désert. Ou en tout cas, il a du pain sur la planche. 

Dans le fond de la démarche, la pétition contre Jeanine Mabunda incarne également le combat des réfractaires à l’émergence du leadership féminin en RDC à laquelle Félix Tshisekedi, comme son prédécesseur Joseph Kabila, accorde un prix. Tout porte donc à croire que ces acteurs politiques agissant dans l’ombre n’ont jamais cautionné qu’une femme dirige l’Assemblée nationale en instaurant une discipline dans la gestion. Qaund la politique de ” ôtes-toi que je m’y mette ” hante certains députés nationaux, ceci pourrait bien expliquer donc cela. 

Il faut rappeler que déjà, le choix de Jeanine Mabunda Lioko par Joseph Kabila au mois d’avril dernier, pour diriger l’Assemblée nationale, n’avait pas fait l’unanimité à l’intérieur du FCC. Même si les mécontents ne s’étaient pas ouvertement exprimés, ils le disaient à mi-voix. Voilà qu’aujourd’hui, ils se disent avoir eu l’occasion d’évincer Jeanine Mabunda qu’ils accusent ne pas les “servir” depuis qu’elle dirige l’Assemblée nationale. Face à l’enjeu, d’aucuns estiment que Joseph Kabila, en sa qualité d’autorité morale du FCC, devrait battre le rappel des troupes. Grevisse KABREL