Les Présidents Kabila et Tshisekedi étrennent la 1ère passation pacifique des pouvoirs !

L’événement s’est déroulé ce jeudi 24 janvier 2019 dans les jardins du Palais de la Nation, à l’endroit même où fut promulguée le 16 février 2006 la Constitution dont le Président Joseph Kabila a respecté l’article 70 selon lequel « Le Président de la République est élu au suffrage universel direct pour un mandat de cinq ans renouvelable une seule fois. A la fin de son mandat, le Président de la République reste en fonction jusqu’à l’installation effective du nouveau Président élu »…

L’ont rehaussé de leur présence, les invités de marque africains au nombre

desquels le Président Uhuru Kenyatta du Kenya ainsi que les émissaires des Chefs d’Etat de la Tanzanie, de la Centrafrique, de l’Angola, du Burundi, du Soudan du Sud, de l’Egypte, de l’Ethiopie, de la Sierra Leone, en plus du Premier ministre honoraire Edem Kodjo…

Côté des officiels congolais, peuvent être cités les présidents Aubin Minaku de l’Assemblée nationale et Léon Kengo du Sénat, le Premier ministre Bruno Tshibala, les parlementaires, les membres du Gouvernement central, les autorités provinciales, les officiers supérieurs des Fardc et de la Pnc, le présidents de la Céni Corneille Nangaa, du Cnsa Joseph Olenghankoyi et du Csac Tito Ndombi, les membres du cabinet du Président de la République sortant, rejoints à la tribune d’honneur par certains candidats à la présidentielle dont Emmanuel Ramazani Shadary pour le Fcc et Vital Kamerhe pour Cach et quelques chefs des partis parmi les secrétaires généraux de l’Udps Jean-Marc Kabund et de l’Unc Baudouin Mayo…

A 14h17, heure de Kinshasa, Son Excellence Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, face à la Cour constitutionnelle qui venait de proclamer le 19 janvier dernier les résultats officiels le consacrant Président de la République élu, a prononcé le serment prévu à l’article 74 de la Constitution selon lequel « Moi…., élu Président de la République Démocratique du Congo, je jure solennellement devant Dieu et la nation : – d’observer et de défendre la Constitution et les lois de la République ; – de maintenir son indépendance et l’intégrité de son territoire ; – de sauvegarder l’unité nationale ; – de ne me laisser guider que par l’intérêt général et le respect des droits de la personne humaine ; – de consacrer toutes mes forces à la promotion du bien commun et de la paix ; – de remplir, loyalement et en fidèle serviteur du peuple, les hautes fonctions qui me sont confiées ». Et à 13h30, il a délivré son premier discours de Chef d’Etat en précisant d’emblée que « Ce jeudi 24 janvier 2019 est un jour historique. C’est un jour rêve par tous les acteurs qui ont porté notre beau pays dans ce qu’il avait de noble. Nous ne célébrons pas la victoire d’un camp contre un autre, nous honorons un Congo réconcilié. Ce ne sera pas un Congo de la division, de la haine ou du tribalisme. Nous voulons construire un Congo fort. Un Congo tourné vers son développement, un Congo pour tous dans lequel chacun mérite sa place… »

Evidemment, avant ce discours, l’assistance a eu droit à deux moments forts à la tribune réservée à la Cour constitutionnelle. D’abord, lorsque le Président Joseph Kabilaa remis au Président Félix Tshisekedile drapeau de la République Démocratique du Congo et lui a fait porter le ruban officiel, juste après que le président de la Cour constitutionnelle ait procédé à la remise du nouveau Chef de l’Etat la Constitution de la République. Ensuite, les accolades chaleureuses entre les deux acteurs majeurs de la première alternance politique à se produire au Congo et bientôt 59 ans d’Indépendance.

Un peu plus tôt, le couple Fatshi est arrivé au Palais de la Nation à 13h15, précédant d’une dizaine de minutes le couple Raïs, le Président Joseph Kabila ayant recouvré son look d’antan.

Rendant hommage à ses prédécesseurs, le Président Félix Tshisekedi a salué la mémoire respectivement de Joseph Kasa-Vubu« pour sa droiture et sa gestion saine de la chose publique », de Joseph Mobutu« pour sa détermination dans l’unité du pays et l’affirmation de l’authenticité » et de Laurent-Désiré Kabila « pour son attachement à l’idéologie de ne jamais trahit le Congo ».

Autre hommage appuyé, il l’a rendu à Etienne Tshisekedi, « Cet homme d’exception qui a su, par son charisme, sa rigueur morale, incarner l’aspiration du peuple congolais à la démocratie et au progrès social ».

A son prédécesseur Joseph Kabila, il a fait réservé ce bel hommage : « Nous avons été votre fervent adversaire politique, monsieur le président. Nous n’oublions rien de nos combats politiques, les moments difficiles traversés. Nous avons connu au cours des décennies des périodes d’incertitudes et de nouvelles tensions dans un climat politique non apaisé. Dans votre exercice du pouvoir, vous avez pu engager le pays dans une transition qui avait abouti à la réunification du territoire national alors divisé. Mais, aucun de ces moments, la peur a altéré votre détermination à permettre au peuple congolais de se choisir librement ses dirigeants. Votre action s’inscrit ici dans le détail de vos prédécesseurs et autres dirigeants historiques. Veuillez accepter, monsieur le président, toutes mes félicitations ».

Se réjouissant du financement des élections sur fonds propres, il a saisi l’opportunité pour remercier notamment la Céni et la Cenco, tout comme ses adversaires et ses partenaires politiques. Parmi les premiers, évidemment Martin Fayulu. « C’est ici l’occasion de témoigner de notre respect et sincère considération à l’endroit de notre frère Martin Fayulu avec lequel nous avons mené ce combat politique depuis plusieurs années. L’engagement de ce véritable soldat du peuple est un exemple pour la vitalité de notre démocratie et la responsabilité civique de chaque congolais », a-t-il dit. « Nous partageons aussi avec le camarade Emmanuel Ramazani Shadaryet tous les autres citoyens qui ont su et apporté engagement et contribution pour un Congo meilleur », a-t-il poursuivi, s’agissant des seconds.

Bien entendu, autre hommage appuyé, celui rendu à Vital Kamerhepour des raisons évidentes.

CONSTRUIRE UN CONGO FORT

S’agissant de son programme d’action, le Président de la République entrant s’est appesanti sur plusieurs axes prioritaires au nombre desquels la pacification de tout le territoire national, la consolidation d’un Etat de droit au travers entre autres de la restauration d’une justice efficace, la lutte contre la corruption, la délinquance fiscale, l’impunité et la mauvaise gouvernance. Il a promu le développement du tourisme et l’accessibilité du citoyens à tous les services de l’Etat.
Estimant que « la force du peuple repose sur l’unité et la réconciliation nationale », facteur de paix et d’unité, il s’est prononcé pour un pays réconcilié puisque bannissant la division, la haine, le tribalisme. C’est à ce prix, a-t-il considéré, qu’il faut « construire un Congo fort où chacun mérite sa place et de mener un combat pour le mieux-être pour chaque citoyenne et citoyen de ce pays ».

Le Président Félix Tshisekedi a mis l’accent sur la solidarité nationale. Dans un premier temps entre le Gouvernement et l’autorité coutumière pour en finir entre autres avec le phénomène des groupes armés. Déjà, les forces de défense et de sécurité sont appelées à se sentir intégrées dans leurs actes en exerçant leurs missions dans le cadre légal. Il est question, dans la foulée, de procéder à la libération des prisonniers politiques.

Au chapitre économique, il a fait valoir l’espérance que porte la RDC pour l’Afrique et le monde en raison de ses potentialités. Au plan agricole, il est possible, avec ses 80 millions d’hectares de terres arables, de voir le pays participer à l’éradication de la faim. Et au plan minier, avec son lithium et son cobalt, plusieurs industries de pointe dépendent du sous-sol congolais, a-t-il fait valoir.

Mais, pour parvenir à rentabiliser ces atouts, il faut une nouvelle ère. D’où, parmi les urgences, le recensement de la population, la révision de certaines lois, le rééquilibrage de certaines dispositions comme la rétrocession budgétaire, la poursuite de la réforme de l’appareil judiciaire, etc. « Le chantier est immense », a-t-il prévenu. 
A l’issue de sa prestation interrompue momentanément par un malaise léger et pour lequel il a paraphrasé Mobutu en déclarant « Comprenez mon émotion ! », le Président Félix Antoine Tshilombo Tshisekedi est remonté à la tribune où son prédécesseur a posé un geste hautement significatif d’échange de fauteuil. 
Il est à noter que la cérémonie d’investiture a commencé par une prière dite par le révérend Bokundoa, président de l’Eglise du Christ au Congo (ECC). Après avoir rendu grâce à Dieu pour le travail accompli par le Président sortant Joseph Kabila et exhorté le Président entrant à poursuivre ce qui doit l’être, il a cité la référence biblique 2 Chroniques 7 :14 « Si mon peuple sur qui est invoqué mon nom s’humilie, prie, et cherche ma face, et s’il se détourne de ses mauvaises voies, -je l’exaucerai des cieux, je lui pardonnerai son péché, et je guérirai son pays ».
L’intégralité du discours d’investiture dans la prochaine livraison.

Omer Nsongo die Lema
@omernsongo