RD-Congo : face à Ebola, la population gronde, les ONG s’inquiètent

epa07546882 Health workers receive a briefing at an Ebola treatment facility in Beni, in North Kivu province, Democratic Republic of the Congo, 04 May 2019. The death toll from the latest Ebola outbreak which began in August 2018 has risen to more than 1,000, according to the country's Ministry of Public Health. The ministry said in its latest update on 03 May that there has been 1,008 deaths from 1,463 confirmed cases since August 2018. Volatile security situations in the region is hampering the effort to contain the disease in the vast central African nation. EPA/HUGH KINSELLA CUNNINGHAM (MaxPPP TagID: epalivefour034786.jpg) [Photo via MaxPPP]

Au Nord-Kivu, l’épidémie, « hors de contrôle » selon Médecins sans frontières, a déjà fait 1 117 morts.La multiplication des foyers épidémiques, l’absence de suivi des personnes à risque et la persistance de violences contre les soignants préoccupent particulièrement.

Des infirmiers reçoivent des instructions avant de se rendre dans un centre de traitement pour Ebola, dans le Nord-Kivu, le 4 mai 2019. / Hugh Kinsella Cunningham/EPA

Les lieux ont été construits avec l’espoir qu’ils ne serviraient jamais. Autour de la salle d’hospitalisation, une petite cour est délimitée par un grillage orange. On y trouve des douches de solution chlorée et une maisonnette en retrait : la morgue. Pour le moment, aucun « cas confirmé » n’a été admis au centre de traitement d’Ebola de Goma (Nord-Kivu).

Personne ne le souhaite : cela signifierait que la ville frontalière du Rwanda, d’un million et demi d’habitants, est à la merci de l’épidémie qui a fait plus de mille victimes au nord de la province, autour de Beni et Butembo. Mais au rythme où progresse la maladie, le centre de traitement installé dans l’hôpital provincial a de plus en plus de chances d’accueillir un jour un malade porteur du virus.

Pas d’amélioration attendue à court terme

À ce jour, quelque 1 117 personnes sont décédées depuis août 2018, sur 1 680 cas. Des chiffres qui grossissent jour après jour, inexorablement, le cap des mille morts avait été franchi le 3 mai dernier. L’épidémie reste « hors de contrôle », indique le coordonnateur d’urgence de Médecins sans frontières (MSF) pour le Nord-Kivu, John Johnson. Surtout, rien ne laisse penser que les choses pourraient s’améliorer à court terme. Son expansion géographique est préoccupante, l’activité des dizaines de groupes armés actifs dans la province génère des déplacements de population qui compliquent le suivi des cas suspects et les signes que les Congolais n’ont plus confiance dans les équipes de soignants sont de plus en plus tangibles.

En RD-Congo, le combat du Nord-Kivu contre le virus Ebola

« Le taux de décès hors des centres de traitement est passé de 33 % à 45 % cette dernière semaine, ce qui signifie que les gens vont de moins en moins s’y faire soigner », explique John Johnson. Plus préoccupant encore : les attaques contre les centres et le personnel de la riposte à Ebola sont de plus en plus violentes et organisées. Un agent de santé chargé de procéder aux enterrements « dignes et sécurisés »de malades a été tué mardi 7 mai. Un médecin camerounais de l’OMS avait été tué le 19 avril. Ces assassinats font suite à une série d’attaques, les mois précédents, sur des centres de traitement et de transit. Les auteurs de ces violences sont encore mal identifiés. Mais une chose est sûre : les habitants des villes concernées ne se sont pas élevés pour les condamner.

Un tract contre le « business d’Ebola »

Des tracts laissés sur les lieux d’une des attaques dénoncent le « business d’Ebola ». Dans la lutte contre l’épidémie, la question de l’argent est un sujet sensible et nombre de Congolais estiment ne pas voir les résultats tangibles des millions de dollars dégagés par les bailleurs de fonds. Ils ne comprennent pas non plus pourquoi le ministère de la Santé a fait venir du personnel de Kinshasa et de l’étranger là où des locaux auraient eu les qualifications suffisantes. « On a fait venir des gens qui ne connaissaient pas le contexte social et culturel local », peut-on lire parmi les doléances compilées par une ONG auprès des habitants de Butembo. Et aussi : « La maladie est devenue un business, ceux qui la combattent sont là pour l’appât du gain », ou « Ils ne collaborent pas avec la population mais s’imposent »

Des malades se plaignent d’avoir été forcés à se rendre dans les centres de traitement, quand bien même ils les considéraient comme des mouroirs. « En voulant étouffer l’épidémie très rapidement, nous avons d’abord traité la maladie, et nous avons mis les besoins des patients au second plan. Cela se justifiait au début. Mais face à une épidémie qui dure, il faut changer de stratégie », concède John Johnson. « Nous devons remettre les patients et leurs décisions au centre de notre travail », poursuit l’humanitaire.

Pour rétablir la confiance entre malades et soignants, le ministère congolais de la Santé, lui, s’est engagé à recruter plus localement. L’initiative est louable mais son exécution encore incertaine : à Goma, les 1 500 « relais communautaires » chargés d’informer sur Ebola par du porte-à-porte n’ont pas perçu de salaire durant trois mois.

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L’UE dégage 5 millions d’euros d’aide supplémentaire

L’Union européenne a annoncé lundi 13 mai l’octroi de 5 millions d’euros supplémentaires d’aide humanitaire à la République démocratique du Congo dans sa lutte contre Ebola, ce qui porte sa contribution totale à 17 millions d’euros depuis 2018.

De son côté, la représentante de l’ONU en RD-Congo, Leïla Zerrougui, a dénoncé vendredi 10 mai, lors d’une visite à Butembo, épicentre de l’épidémie, les violences meurtrières visant les soignants, et qualifié de « délire total » les rumeurs circulant dans la région consistant à dire « qu’il n’y a pas de maladie, qu’on veut nous empoisonner parce qu’on est en train de gagner de l’argent sur nous ».

Justine Brabant, correspondante à Goma sur https://www.la-croix.com/amp/1201021492