Fatshi incité à violer la Constitution, pourquoi Mgr Ambongo rend-t-il Kabila davantage fort ?

  • Ce serait bien le comble pour le premier Président de la République issu de l’Opposition, en l’occurrence Félix Tshisekedi, que d’être à la tête d’un pays sans Opposition…
  • Hier, le prélat trouvait indécent de voir des Opposants rejoindre le camp de Kabila pour la cogestion du pays (Samy Badibanga, Bruno Tshibala…). Aujourd’hui, il trouve décent de les voir rejoindre Tshisekedi pour la cogestion du même pays. Ainsi, plaide-t-il auprès du Chef de l’Etat pour Bemba, Katumbi, Fayulu jusqu’à lui demander de leur trouver dans l’espace dans l’Exécutif national. Or, à la différence de celle d’hier justifiée par des Accords politiques – dont les derniers en date sont ceux du Dialogue de la Cité de l’Union africaine et des négociations du Centre interdiocésain) – la cogestion préconisée maintenant ne s’explique pas du moment que la nouvelle configuration politique congolaise actuelle est issue, elle, des élections… 

    Il y a, d’un côté, le Pouvoiret, de l’autre, l’Opposition. Deux forces dont la formalisation est d’ailleurs imminente puisque toutes les institutions délibérantes (Assemblée nationale, Sénat et Assemblées provinciales) vont bientôt fonctionner pleinement et concomitamment.

    Si alors Félix Tshisekedi doit intégrer dans son Pouvoir les «Opposants historiques» au motif qu’il s’agit des personnalités clé avec lesquelles il a cheminé ensemble, la première question pertinente à venir est de savoir qui vont composer l’Opposition parlementaire. 

    La deuxième question, tout aussi pertinente, est de savoir de quelle rationalité procède le fait de voir Bemba, Katumbi et Fayulu dans l’Exécutif national pendant que leurs députés nationaux et provinciaux siégeront, eux, comme Opposants. Pour rappel, aux termes de son article 4, la Loi n° 07/008 du 04 décembre 2007 portant statut de l’opposition politique en République Démocratique du Congo dispose : «Est réputé avoir renoncé au statut de l’Opposition politique, le parti politique ou le regroupement politique qui accepte de partager les responsabilités de l’Exécutif aux niveaux national, provincial, urbain, municipal ou local».

    Bien plus, lorsque Mgr Ambongo pense que pour faire de Fatshi un bon Président de la République, il faille nécessairement commencer par affaiblir Joseph Kabila, et que la stratégie indiquée soit pour lui de s’appuyer sur ses «ex-compagnons» de Lamuka, quelle image envoie-t-il de ces protagonistes, si ce n’est celle d’un Chef d’Etat faible, contraint à compter sur des «personnalités clé» ayant eux-mêmes “peur” de Kabila pour s’affranchir d’une prétendue emprise de ce dernier sur lui ! C’est contre-productif.

    Partant, Mgr Ambongo confirme l’évidence d’un Kabila devenu plus fort qu’il ne l’était hier…

    De quoi interpeller la coalition Cach

    Il y a là de quoi convaincre les partenaires extérieurs, Occidentaux en tête – résolus à revoir une RDCongo stable – de se tourner plutôt vers Joseph Kabila qui, au moins, aura prouvé sa capacité de tenir en mains le pays.

    Sans peut-être le vouloir, Mgr Ambongo plaide donc pour la coalition «Cash-Fcc», plus efficace que la coalition «Cach-Lamuka» en ce que la première aura en face une vraie Opposition (en l’occurrence Lamuka) ; ce qui n’est pas le cas de la seconde, une reproduction revue et corrigée du Mpr Parti-Etat !

    Quoi ? Mpr Parti-État, dis-je ? Exact ! Puisqu’on ne voit pas le Fcc, avec sa Majorité parlementaire, basculer dans l’Opposition, c’est-à-dire renoncer à la primature et au Gouvernement, l’un et l’autre ayant un poids déterminant dans l’Exécutif national.

    Si on doit alors suivre Mgr Ambongo dans son plaidoyer, il va se passer exactement ceci : le Pouvoir comprendra la coalition tricéphale «Cach-Fcc-Lamuka» ! Et du moment que Martin Fayulu va continuer de se considérer Président de la République élu avec conséquence de ne pas être de l’Opposition (il est encouragé dans cette voie par Dr Denis Mukwege), le Congo se retrouvera entre 2018 et 2023 sans Opposant attitré!

    C’est là la violation de la Constitution car celle-ci reconnaît à son article 8 l’existence de l’Opposition politique en RDCongo. 

    Ce serait bien le comble pour le premier Président de la République issu de l’Opposition, en l’occurrence Félix Tshisekedi, que d’être à la tête d’un pays sans Opposition.

    Preuve, si besoin est, qu’en incitant ce dernier à violer délibérément la Constitution pour affaiblir Joseph Kabila, Mgr Fridolin Ambongo est réellement en train de jouer la carte JKK.

    Il y a là de quoi interpeller la coalition Cach, appelée à faire le choix responsable entre, d’une part, un partenariat virtuel d’ailleursindéciset, d’autre part, un partenariat décis parce que réel.

    «Un tiens vaut mieux que deux tu l’auras», dit-on !

    Omer Nsongo die Lema

    @omernsongo

    E-mail : omernsongo@gmail.com