Diplomatie de proximité. Le Président Tshisekedi actif dans l’axe Kampala-Luanda-Kigali

  • Le Chef de l’Etat est en train de concrétiser ses engagements en faveur des pays voisins exprimés dans le discours d’investiture en janvier et le speech d’échange des vœux avec le corps diplomatique en février 2019…
  • Arrivé le 22 mars 2019 à Kampala où il a échangé avec son homologue ougandais Yowerie Museveni, le Président de la République est revenu le lendemain à Kinshasa pour repartir sur Luanda et, de là, sur Kigali. Une dizaine de jours plus tôt, son directeur de cabinet, Vital Kamerhe, a conduit auprès du Président Paul Kagame une délégation importante composée, notamment, d’experts en matière de sécurité. «Le président Tshisekedi ne peut pas dormir tranquillement tant qu’il sait qu’au Nord-Kivu, Sud-Kivu…les gens continuent à mourir”, a-t-il déclaré à la presse, indiquant qu’il était personnellement «porteur du message du président de la République auprès de son homologue du Rwanda Paul Kagame justement parce que lors de son investiture, il avait dit qu’il allait instaurer avec la collaboration de tous ses pairs, la paix dans la région des Grands Lacs et surtout une coopération gagnant-gagnant avec tous les voisins”. Et d’ajouter, parlant du Chef de l’Etat congolais,  qu’«Il a fait de la paix sa priorité. Et comme vous le savez, sur notre territoire il y a des groupes étrangers qui viennent du Rwanda, du Burundi et de l’Ouganda”. C’est alors qu’il a annoncé l’imminence des visites du Président Tshisekedi à Kampala (c’est fait) et à Kigali (bientôt). Entre les deux, il y a évidemment le rendez-vous de Luanda, en Angola…

    Ces visites ont une portée vitale pour le Congo. Précisément pour l’Est frontalier au Burundi, au Rwanda et à l’Ouganda. Il s’agit, exactement, des provinces du Sud Kivu, du Nord Kivu et de l’Ituri. 

    Il est de notoriété publique que depuis 1986 – année d’apparition sur le territoire national des Adf-Nalu d’origine ougandaise – la sous-région des Grands Lacs dans l’espace congolais est continuellement en proie à des guerres cycliques. A l’exception de l’Unita d’origine angolaise, tous les groupes armés étrangers cités dans l’Accord de Lusaka sont soit du Burundi (Funa et Fdd), soit du Rwanda (ex-Far et milices Interhamwe devenus Fdlr), soit de l’Ouganda (Adf, Lra, l’Unrf II, Wndf, Nalu).

    Pour avoir été dans la suite aussi bien de Laurent-Désiré Kabila pendant les négociations ayant abouti à la signature de l’Accord de Lusaka en 1999 que dans celle de Joseph Kabila pendant son application (Dialogue intercongolais de 2001 à 2003), Vital Kamerhe doit être considéré parmi les acteurs majeurs de la résolution de la crise de l’Est. C’est l’évidence même.

    De ce fait, il ne peut que percevoir l’enjeu représenté par le rendez-vous de Luanda.             

    Premier conflit mondial africain sous la Guerre froide

    Effectivement, la crise sécuritaire de l’Est rappelle dans ses effets (lisez ses affres) ceux de la bataille de Cuito Cuanavale, épisode de la guerre civile survenue en Angola avec comme parties prenantes le Mpla, le Fnla et l’Unita en plus de leurs alliés respectifs. Dont les Cubains et les Euro-Américains. 

    S’il est vrai que la guerre du Congo dans le contexte des Grands Lacs est qualifiée de premier conflit mondial à l’échelle africaine, il est tout aussi vrai que celle de l’Angola l’est dans le contexte de la Guerre froide en Afrique. La première continue de déstabiliser la sous-région des Grands Lacs exactement comme la seconde avait déstabilisé à son époque l’Afrique australe.

    Wikipédia la relate en ces termes : «Quand la Révolution des Œillets met fin au régime salazariste au Portugal, en avril 1974, le nouveau pouvoir annonce son intention de se retirer des colonies portugaises en Afrique. En Angola, les trois mouvements nationaux de libération (MPLA, FNLA et UNITA) commencent alors immédiatement entre eux une lutte pour le pouvoir. Le FNLA, entrant en Angola par le nord, reçoit le soutien de l’armée zaïroise et de mercenaires, l’UNITA celui des États-Unis et de la France via le service Action du SDECE tandis que le MPLA reçoit le soutien de l’URSS et de l’armée cubaine (…). 

    «Soutenu par les États-Unis et par la Zambie, l’armée sud-africaine franchit la frontière angolaise en octobre 1975 pour venir en aide à l’UNITA de Jonas Savimbi et pour empêcher la SWAPO de disposer de bases arrière dans le sud de l’Angola. La défection soudaine des États-Unis à l’opération sud-africaine, le soutien apporté par l’URSS pour amener en Angola des troupes cubaines (opération aéroportée Carlotta) et l’injonction donnée par le gouvernement de Gerald Ford aux Sud-Africains de se retirer alors qu’ils sont aux portes de Luanda sauve le MPLA d’une défaite militaire certaine. L’armée sud-africaine se retire, mais elle apporte son soutien plus ou moins discret à l’UNITA ou pourchasse en Angola les guérilleros de la SWAPO.

    Le 11 novembre 1975, le MPLA déclare l’indépendance du pays à partir de la capitale Luanda, et au même moment le Front national de libération de l’Angola (FNLA) et l’UNITA font, ensemble, la même déclaration à partir de la ville de Nova Lisboa (Huambo). Les combats entre les deux camps continuent et ont dorénavant le caractère d’une guerre civile».

                Ainsi,7.000soldats de l’armée sud-africaine vont participer à la bataille de Cuito-Cuanavale en appui à 10.000combattants de l’Unita, cela face à 20.000soldats angolais soutenus par 5.000soldats cubains. Soit 42.000 éléments armés. «Les forces de l’Unita sont soutenues par la CIA ; les forces du MPLA sont soutenues par l’Union soviétique… », note Wikipédia qui souligne que «Le 20 juillet 1988, un accord en 14 points est trouvé entre l’Afrique du Sud, l’Angola et Cuba. Parmi ceux-ci, la mise en œuvre de la résolution 435 prévoyant des élections en Namibie sous le contrôle des Nations unies en contrepartie du repli du contingent cubain, l’Afrique du Sud gagnant ainsi un règlement commun des deux conflits». D’où le protocole de Genève signé le 5 août 1988 et l’acceptation du cessez-le-feu entre l’Afrique du Sud et la Swapo namibienne ainsi qu’entre l’Afrique du Sud et l’Angola. 

    «Quelle que soit l’armée victorieuse à Cuito Cuanavale, la suite des évènements permet un règlement négocié du conflit permettant l’indépendance de la Namibie en échange du retrait cubain d’Angola», conclut-il.

    La RDCongo ne pouvait être absente

    Voisin direct de l’Angola, le Congo-Kinshasa aura connu le même parcours. L’Angola est aujourd’hui en paix avec ses voisins directs (Congo-Brazzaville, Namibie et Zambie), le Congo-Kinshasa cherche à l’être avec les siens (Angola, Congo-Brazzaville, Centrafrique, Soudan du Sud, Ouganda, Rwanda, Burundi, Tanzanie et Zambie).

    Fait historique avéré : terre d’accueil, le Congo-Kinshasa a hébergé sous la colonisation belge et depuis l’Indépendance le 30 juin 1960 les ressortissants de tous les 9 pays frontaliers. Il a participé à la formation de leur élite dans les domaines politique, économique et social. 

    A un rendez-vous comme celui de Cuito Cuanavale à l’origine de l’indépendance de plusieurs Etats d’Afrique australe et même de la fin de l’apartheid en Afrique du Sud, la RDCongo ne pouvait être absente. Le Président Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo en a rehaussé la présence. Ce qui explique le déplacement de Luanda, en route pour Kigali.

                Rien d’étonnant quand on se réfère à son discours d’investiture le 24 janvier 2019 et à son speech lors de l’échange des vœux avec le corps diplomatique le 15 février dernier.  

                Dans le premier, il a déclaré : «Nous comptons apporter une innovation dans le cadre de projets communs en coopérant avec tous les pays de la région, en commençant par nos voisins». Dans le second : «Je privilégierai une politique étrangère axée sur le bon voisinage et le dialogue constructif avec nos neuf voisins pour assurer notre part de responsabilité sur le plan de la stabilité régionale, notamment au sein de la Conférence Internationale sur la Région des Grands Lacs (CIRGL)».

                Le Président Félix Tshisekedi se veut justement actif sur cet axe.

    Omer Nsongo die Lema

    @omernsongo

    E-mail : omernsongo@gmail.com

    www.congo30juin.com